Récit de
Oliva Canto
Quand j’étais
petite fille, toutes les vacances d’été, je passais dans la maison de plage de
ma grand-mère. Il me plaisait d’y aller parce qu’elle me distinguait parmi mes
cousins. Il y avait un grand jardin avec beaucoup de fleurs, des hamacs pour s’y
reposer l’après-midi. Il y avait aussi un grand balcon d’où nous admirions l’aube,
la mer et la plage.
Mes cousins
et moi, nous sortions très tôt à la mer et celui qui arrivait le dernier
méritait « l’enterrement dans le sable ». Les heures passaient et
nous ne les remarquions pas en jouant, en courant dans le sable, en sautant, en
nageant. L’après-midi, nous allions chez Telchacs, une peuplade aborigène qui y
habitait depuis toujours. Maintenant, il ne reste personne de ce monde au
Mérida en Yucatan. L’endroit, depuis 1977, est devenu zone touristique : pyramides,
cénotes et autres attraits touristiques.
Ma
grand-mère jouait du piano, nous l’appelions lady.
Je me
souviens d’un jour d’été 1977. J’avais 11 ans. Nous sommes allés à la plage et,
à notre grande surprise, la mer, toujours tumultueuse, était d’un calme incomparable
et peinte de rouge. Il y avait des animaux marins sur le sable. Les gens nous
ont crié que nous ne pouvions pas nous baigner, que la mer était empoisonnée. Je
ne savais pas comment réagir, je pleurais les animaux morts. Ce jour-là était
tellement triste. Nous sommes retournés à la maison de notre lady qui nous a expliqué que, effectivement,
il existait la soi-disant marée rouge, l’événement naturel mais assez rare quand
la mer devenait toxique à cause des algues de la même couleur.
Le lendemain,
je me suis réveillée tôt, plus tôt que les autres. J’ai voulu voir si la marée
rouge était toujours là. La journée s’annonçait belle : le grand soleil,
la petite brise et les vagues comme d’habitude. La mer était bleue-bleue-bleue
et j’ai couru pour réveiller les autres :
levez-vous, allons à la mer, il n’y a plus de marée rouge!
C’était les
meilleures vacances dont je me souviens toujours. J’ai appris quelque chose de
nouveau et d’étrange. Ce que j’aimais alors et ce que j’aime toujours ce sont
ces moments où je peux rester sans me préoccuper de rien ni de personne.

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