Pendant les années 90
mon pays était en transition, nous avions énormément de problèmes et parmi
d’autres celui d’électricité. La consommation de l’énergie était réglementée.
Il fallait trouver une
« solution », surtout le soir. Les horaires de consommation étaient différents
pour les familles, mais on « partager le fil ».
Un beau matin de
dimanche, au printemps, des contrôleurs autorisés sont venus dans le voisinage
pour vérification. J’étais chez ma grand-mère et j’écoutais ce que disaient les
grands. Je ne sais pas à quoi avais-je pensé pour me précipiter chez moi (nous
habitions la maison semi-détachée). Dans la salle de bain, il y avait un fil de
courant; ma mère qui se trouvait dans la cuisine l’avait débranché pour le
rebrancher là-bas ; elle l’a accroché au cadre de la fenêtre. Moi, j’ai voulu
le faire disparaitre, le mettre dehors. Je ne voulais surtout pas que les
contrôleurs le trouvaient.
Je sautais bien haut
pour l’attraper, mais ce n’était pas une idée brillante car il est finalement
tombé sur moi. Le fil était sous tension et j’ai eu une décharge forte. J’ai
crié, ma mère est arrivée en courant. Elle m’a vue, le fil dans la main,
secouée par le courant électrique. Je cognais ma tête contre le mur.
Ma mère était femme
sensible mais forte. Je l’adorais et je l’adorerai toujours. Elle m’a attrapée
par les cheveux avec une main et avec l’autre elle tâchait de retirer le fil de
ma main ce qui s’est avéré impossible. Elle m’a confié que c’était la situation
la plus difficile de sa vie. Elle risquait sa vie en sauvant la mienne.
Grâce à Dieu, notre
voisine qui était au jardin de la cour arrière a entendu le bruit. Comment
a-t-elle deviné ce qui se passait chez nous pour débrancher le maudit fil de
courant. C’est juste à ce moment que le fil a libéré ma main. Je me souviens de
ma mère qui pleurait en m’embrassant.
Je me rappelle le
sentiment de terreur quand j’ai vu ma main meurtrie : j’avais deux petits
trous jusqu’à l’os. Et ça me faisait mal, tellement mal. C’est le souvenir le
plus douloureux de ma vie. Enfin, les plaies se sont cicatrisées comme celle de
mon cœur. Dieu est grand!
À cause d’être terrifiée
par l’électricité, je ne touchais point les appareils électriques, même la
cuisinière. Quand ma mère cuisinait, quelques fois elle me disait de mélanger
le repas, je déconnectais toujours la
cuisinière pour faire ce que maman m’avait demandé et souvent j’oubliais de la
reconnecter. Comme ça, le déjeuner pouvait devenir diner.